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Parlons photographie quand même…

Après m’être insurgé ces derniers jours contre ces simulacres de photographie qu’on présente fallacieusement comme des chefs d’œuvre du photojournalisme (cf. Le regard corrompu et Aylan Kurdi), il fait bon revenir à des fondamentaux signifiants, vrais, justes.

Avant de commencer la lecture du commentaire qui suit pour ne pas polluer votre propre appréciation spontanée par la mienne, je vous invite à regarder cette photographie que j’ai sélectionnée (cliquez dessus pour l’agrandir) parce qu’elle a une parenté thématique avec les images précitées :

Madrid 2

Madrid 1985 – © T_Photographe

Ainsi, nous avons d’un côté ces images citées en préambule et celles du même acabit, encensées et primées par le Système, qui ne suscitent de mon point de vue que l’écœurement (c’est pour cela qu’elles font le « buzz ») en montrant souvent de la violence, du sang ou la mort avec brutalité, sans le filtre d’une intelligence du regard, comme si leurs auteurs en étaient privés ou incapables (arrêtons de laisser accroire qu’il suffit de posséder un appareil photo pour se prétendre photographe), comme si leur fonction n’était que de régurgiter l’horreur qui se présente à leurs yeux, ou plutôt qu’ils vont la chercher pour satisfaire leurs commanditaires ou encore pour l’ivresse des sensations fortes…

D’un autre côté, nous avons cette photographie (en noir et blanc, donc permettant une distanciation adéquate quand la couleur nous confine dans une pure vulgarité émotionnelle pour ce genre de scène), sans prétention, sans rodomontade, aussi sobre dans sa représentation que sa forme dialectique est riche. Chacun d’entre vous y écrira son livre…

Cette photographie est extraite d’une série réalisée en 1985 par T_Photographe  (qui m’a donné quelques explications en me montrant le beau tirage argentique) quelques jours avant que l’Espagne n’intègre la communauté européenne : une maison incendiée, abandonnée, récupérée par une famille de gitans déshéritée, le dénuement comme les « migrants » d’aujourd’hui, mais ici, pas de misérabilisme intentionnel… Tout est là, l’équilibre des formes, le questionnement qui donne à penser. Ce linge pendu qui semble se projeter en continuité sur le mur, à moins qu’il n’essaie de s’arracher de la décrépitude… Et puis ce visage suggéré (une bouche fine et ourlée et un nez qui me font penser à Léo Ferré) sous le linge qui sèche est en résonance avec celui bien réel de la jeune fille dans son indéfinissable expression. Que semble-t-il s’écouler du coin de la bouche de « Ferré » et qui se répand au sol ? Du sang, de la souffrance ? Et puis il y a tant d’autres choses, à chacun de les trouver… Tout n’est qu’allégorie.

Pour moi, c’est une Photographie.

4 Commentaires à “Parlons photographie quand même…”

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  1. LoJ a dit ceci

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  2. J’ai dit par ailleurs tout le bien que je pensais de cette image et de son intrinsèque richesse sémantique. Mais ton intervention interroge une des contradictions les plus fondamentales de notre société : au moment où, comme jamais, nous voilà abreuvés d’images, de sons, de livres, d’informations, sommes-nous réellement préparés à les recevoir correctement ? C’est que nos sociétés ne préconisent aucunement la réflexion. Elles n’éduquent pas à l’égard de la quête du sens. Une image, un livre, un son ne nous parlent que s’ils sont directement assimilables. On s’y retrouve dans le type d’images que tu évoques – comme dans un livre de Nothomb ou Musso – parce qu’il ne monopolisent justement que le plus petit commun dénominateur de notre faculté de compréhension. De là – pour les fournisseurs d’images ou de mots – à donner dans le racolage, il n’y a qu’un pas. Mais, au bout d’un moment, une société a la représentation d’elle-même qu’elle mérite.

    Marco Carbocci a dit ceci

    Répondre


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