De la photo de concert…

13 juillet 2015

Reportages

Les mains libres
Album : Les mains libres
Un pianiste et un contre-ténor : concert avec Augustin et Evann à Bourbon Lancy (12/7/2015) - pellicule Ilford 36 DIN
8 images
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Photographier un concert est un pur exercice technique sous contraintes. Souvent la lumière sera médiocre, les artistes seront toujours mal placés, tourner autour du sujet se révélera délicat, le photographe sera considéré comme un intrus etc… S’agissant de musique classique, la part visuelle est certainement réduite à la portion congrue en comparaison d’un concert rock plus exhibitionniste. Inutile de parler de photographie dans ces conditions. En effet, l’image ne dira rien, ne représentera rien. Tout au plus ne s’agit-il que d’une présentation, d’un enregistrement de souvenirs (qui soyons honnêtes n’intéresseront au mieux que ceux qui sont sur scène) au cours duquel le photographe essaiera d’utiliser adroitement quelques lignes de force. Et quand une photographe que je considère comme une grande spécialiste dans ce domaine affirme sans ambages que la photo de concert est un art mineur, je ne la contredirai point. Un concert de musique classique en l’occurrence, c’est d’abord du son et sur ce point, je ne fus pas déçu…

Ce préambule (avec lequel les photographes de concert seront forcément en désaccord, mais je ne suis pas photographe) étant dit, je me suis plié à cet exercice inédit pour moi, afin de troubler mon ennui du moment et de pouvoir parler de ce sujet en connaissance de cause.

Photographier un concert est un pur exercice technique sous contraintes. Souvent la lumière sera médiocre, les artistes seront toujours mal placés, tourner autour du sujet se révélera délicat, le photographe sera considéré comme un intrus etc... S'agissant de musique classique, la part visuelle est ..." onclick="window.open(this.href);return false;" >
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À propos de LAURENT JEANNIN

Depuis plus de 30 ans, Laurent Jeannin parcourt le monde à la découverte de sa plus grande richesse : ses peuples. Il fait souvent le grand écart entre l'Amérique du sud et l'extrême orient sans pour autant négliger l'Europe et bien sûr la France. La photographie est son mode d'expression favori, qu'il conjugue sous forme de diaporamas en fondu enchaîné et sous forme de photographies noir et blanc dont il assure lui-même le traitement. "L'acte photographique n'a de sens et d'intérêt que parce qu'il me permet de comprendre le monde, ni plus ni moins. Photographier ce qu'on pense rend aveugle, penser à ce qu'on photographie rend borgne. Alors je préfère me laisser surprendre par la vie : le hasard compose, je dispose."

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13 Réponses à “De la photo de concert…”

  1. Galorbe Dit :

    Sans être un « photographe de concert », je ne suis pas d’accord avec toi (et Sierra) sur le terme « art mineur » de la photographie. Cet exercice est tellement difficile et aléatoire que l’on peut supprimer le terme « mineur » de la phrase. Certes, comme dans toute photographie de spectacle, c’est avant tout l’artiste qui fait (fabrique / donne) l’image mais au photographe de savoir la capter et la mettre en valeur en passant outre de toutes les difficultés techniques du moment. D’ailleurs tu as très bien su faire abstraction de la lumière difficile présente ce soir là en jouant avec les angles de prises de vue, comme le très beau reflet sur le piano (et ce malgré le regard-qui-tue du pianiste ;-) ). Rien que pour ça, tu es un photographe majeur (quoique tu en dises).

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    • LAURENT JEANNIN Dit :

      Mineur ou majeur, ce n’est comme en musique qu’une question d’accords :-) . Il n’empêche que ces images ne racontent rien en comparaison de celles présentes par exemple dans la série « one shot » de la page d’accueil. La vraie photographie pour moi est celle qui interpelle un public beaucoup large que celui présent sur l’image ou sa famille.

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  2. MARIE Dit :

    Un art mineur certes pour qui se targue, par ses photographies, d’apporter une sorte de témoignage de ce qui est… et le temps passant, de ce qui fut.
    Mais j’ai connu des photographes du temps d’avant qui ont réussi à élever la photo de concert au statut d’art, vraiment. Pour cela, bien sûr, il faut que la scène captée soit autre chose qu’un simple souvenir, et seulement alors l’image touchera un Public (majuscule) avide de beauté et d’esthétique dans ce monde où « l’à peu près » et « le tout venant » suffisent si souvent.
    Cette recherche, je m’y emploie parfois, capter un geste, un regard, quelque chose que les autres n’ont pas su voir… mais il est vrai que ces photos ne seront pas en nombre dans ce que je présente car il faut bien aussi répondre aux attentes d’un plus large public… mais j’espère tout de même que mes images s’élèvent au dessus du lot commun de ce que l’on trouve aujourd’hui sous le nom de photo de concerts.
    Au final, il faut tout de même admettre que la photo de concert est un exercice de style qui permet d’apprécier la maitrise de l’art de la prise de vues dans des conditions « extrêmes »… et rares sont ceux qui réussissent l’exercice du premier coup !

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    • LAURENT JEANNIN Dit :

      Quand une image en dit plus que ce qu’elle ne montre, quand elle dépasse sa pure esthétique, c’est une photographie, une sorte de photo de la photo. Le concert est événementiel par essence, de sorte qu’il est difficile de produire des images qui dépassent l’événement au point de passer à une certaine postérité. Sans pousser aussi loin cette exigence, il est clair qu’il y a « photos de concert et photos de concert ». Ce que je vois sur la toile est affligeant en général (du grain et du pixel qui piquent les yeux, des saturations excessives, aucune composition…). Rassure toi Marie, tu n’as pas trop de concurrence, y compris de la part de ceux qui se prétendent professionnels de l’exercice ;-)

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  3. val Dit :

    Je pense au il est important de préciser que pour deux jeunes artistes de 17 ans qui ont besoin de leur totale concentration il est un petit peu compliqué d être à l aise avec un photographe qui bouge sans arrêt, qui va sur la scène, qui n a pas prévenu de ses intentions les artistes, dont l appareil fait un bruit à chaque nombreuses photo. Je n afflige personne , j explique les regards des jeunes artistes. Ils faut comprendre que cette intrusion a été compliqué à gérer pour eux.

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    • LAURENT JEANNIN Dit :

      Je tiens à préciser en retour que cet article concerne la photo de concert en général et en aucun cas le concert spécifiquement photographié pour montrer la difficulté de l’exercice. Deuxième chose, les artistes ont parfaitement dominé leur sujet et comme l’ensemble du public, j’ai pu apprécier leur talent. Je poursuis en disant que j’en avais parlé aux organisateurs en arrivant bien à l’avance pour repérer les lieux. Les écrans de smartphones qui s’allumaient parfois dans le public qui souhaitait enregistrer un souvenir de cette belle prestation constituaient certainement une nuisance également. La seule chose qu’il est habituellement interdit d’utiliser dans les concerts c’est le flash car c’est particulièrement dérangeant pour les artistes. De flash, il n’y en eut point. Il eût donc fallu avertir en préambule que les photos étaient interdites plutôt que de s’en plaindre après coup, CQFD. Je terminerai en disant que je suis moi-même régulièrement sur scène dans un autre registre musical et que le public qui peut bouger, tousser, arriver en retard, s’émouvoir etc… fait partie de tout spectacle scénique (concert, théâtre…). Autant les répétitions sont faites pour travailler dans le calme, autant le concert a pour objet d’être avec un public, d’être là POUR le public. Je sais donc que quand on est dans sa prestation, dans sa bulle si je puis m’exprimer ainsi, ce qui se passe autour est bien insignifiant.
      Si c’était leur première prestation avec un large public, peut-être auront-il envie de regarder ces quelques images avec un souvenir ému dans plusieurs années et le « dérangement » occasionné (j’ai bougé de mon siège deux fois seulement que j’ai regagné à chaque fois entre deux morceaux) aura été somme toute bien dérisoire.

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  4. MARIE Dit :

    Je me permets de réagir au commentaire de Val, car il illustre bien un des problèmes auxquels se trouve régulièrement confronté le photographe de concert.
    Le photographe de concert doit savoir se faire invisible, le moindre de ses mouvements soulève des sourcils colériques et des regards réprobateurs, le moindre bruit (et dieu sait… enfin, je ne sais pas si dieu sait… mais moi en tout cas je sais combien le Leica est discret lors de la prise de vue) agace le spectateur qui par ailleurs ne se gênera pas pour s’extasier à l’attention de sa voisine sur la qualité de la prestation qu’il gâche par ses bavardages… j’ai quelques fois vécu ce type de situation, lorsque je me trouve en confiance dans un lieu et avec des gens que je connais, car dans le cas contraire, il y a longtemps que j’ai appris à être invisible. Pourtant systématiquement je retrouve mes photos ici et là, au mieux partagées avec référence à l’auteur, mais la plus part du temps,tout simplement « empruntées » sans la moindre considération pour le photographe qui bien sûr reste dans l’ombre.
    Alors quoi ? On veut le beurre, l’argent du beurre et le sourire de la crémière ?! Et bien moi, ça ne me fait pas toujours sourire et je préfère que l’on me demande sur le champ de ne pas prendre de photos plutôt que de venir m’emmerder ensuite avec des remarques tout en profitant de mes clichés ! ça c’est dit… ;)

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    • LAURENT JEANNIN Dit :

      Pour compléter le commentaire de Marie à l’enseigne des non initiés, le Leica M que j’utilise est l’appareil argentique le plus discret qui puisse exister. Au contraire d’un appareil reflex où un bruit de miroir qui bascule relativement bruyant s’entend à chaque déclenchement, le M a une visée télémétrique avec un obturateur à rideau en tissu d’où un bruit de déclenchement feutré. A une époque, il était le seul appareil autorisé dans les tribunaux américains pour couvrir les procès.

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  5. Yann Dit :

    J’ignore si la photographie de concert est un art ou non, majeur ou mineur, dans tous les cas, c’est aujourd’hui avant tout une gestion des contraintes ; bar du coin ou zenith, les lumières sont à l’image de la musique electro, ponctuelles et clignotantes. Il faut avouer que les conditions de lumière dont vous avez bénéficié sont plutôt bénies ; au moins vous aviez des découpes et même de la lumière de face.

    La réalité de la photographie de concert aujourd’hui serait plutôt 1 à 3 titres accrédités dans une zone d’accréditation d’1m50 (lorsqu’il y en a une) où se bousculent les photographes, en contre-plongée (plan trou de nez à gogo, retours dans le champs), des led à l’acutance médiocre, des fumigènes qui achèvent le contraste, des musiciens qui n’ont plus grand chose à partager avec le public, le nez rivé sur leur console.

    Pour sortir du portait consensuel figé, je travaille à f/1.8, 1/125 et entre 6400 ISO et 25600. Oui 25600 ISO, cela en dit long sur l’éclairement, sans parler davantage de la qualité de la lumière.

    Je pense qu’il serait également intéressant de différencier le photographe auteur du photographe artisan ; le premier va tenter de produire le cliché qu’il désire, le second a des exigences de résultats et va tenter de répondre à un cahier des charges et des plans imposés, dans le cadre de photography policies souvent stupides (pas de profil gauche, attendre que la mèche recouvre la joue…).

    Le travail du photographe artisan consiste, non pas à produire une photo telle qu’il la sublime, mais à répondre à une demande souvent idiote, dans un environnement hostile. Et c’est un métier qui exige un ensemble de compétences, même si au final les photos produites sont de bêtes souvenirs et n’ont pas grand chose de « photographique »

    Donc à moins de travailler pour soi-même, dans des conditions choisies, sans cahier des charges ni photography policies, en choisissant la scène qui possède encore un éclairement décent, le photographe de concert fait ce qu’il peut. Et parfois il le fait bien.

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    • LoJ Dit :

      C’est dire combien on (= le public et les organisateurs) n’attache que peu d’intérêt à ce genre de photographie. Quant aux musiciens professionnels, les photos sont au mieux un élément de leur communication qui ne doit rien leur coûter ou à la rigueur une place gratuite. De surcroît, si vous avez lu le fil de cette conversation, vous aurez pu noter combien le photographe est à peine toléré, fût-il accrédité ou autorisé verbalement par l’organisation. La distinction auteur/artisan est en théorie pertinente mais en réalité, l’absence de demande solvable combinée à une offre pléthorique d’amateurs prêts à travailler gratuitement constituent une négation du statut d’artisan. Même la figure de proue de la photo de concert dans le 63 que vous représentez se trouve disqualifiée par cette loi inique du marché. Il ne reste qu’à croire en ce qu’on fait et se faire plaisir mais pour cela il ne faut pas en dépendre économiquement comme je l’ai écrit dans un autre article.

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      • Yann Dit :

        Je vous suis entièrement, autant l’organisation va prévoir un budget cacahuètes et sac poubelle que le postulat posé au sujet de la photographie est la gratuité. Toutefois, comme vous le notez, il existe encore une niche rémunérée ; la communication des groupes qui ont encore quelques exigences de qualité.

        Vous me faites un honneur que je ne mérite pas, si je sors une ou deux photographies dignes de ce nom par an, je m’estime heureux, dans cette niche où il faut répondre avant tout aux contraintes multiples tout autant qu’aux exigences de communication.

        Je soutiens également qu’il faut, pour retrouver un chemin plus photographique, se soustraire aux exigences économiques. Mais dans ce cas, l’accès à la scène devient horriblement compliqué.

        Bien à vous.

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        • LoJ Dit :

          Quel que soit le domaine, ce qui distingue l’artisan de l’auteur tient en ceci : le premier répond à une demande exprimée par le marché, tandis que le second fait les choses pour lui-même, souvent plus par défaut de ne pouvoir être le premier que par choix. Il ne rencontre éventuellement le marché que lorsqu’on s’intéresse à ce qu’il fait. A force de professionnalisme et d’opiniâtreté, vous avez une certaine reconnaissance locale (probablement insuffisante à vos yeux) dans le domaine spécifique de la photo de concert. Je ne suis pas photographe au sens où on l’entend de nos jours, mais le serais-je que plutôt de ne me consacrer qu’à la seule photo de scène, je m’intéresserais davantage aux musiciens (donc en dehors de la scène), mais cela requiert une proximité autre que photographique avec eux…

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          • Yann Dit :

            Pour être honnête, avant même la reconnaissance (hormis celle qui permet de vivre de son travail), je cherche à vivre cet instant particulier qui consiste à tenter de saisir l’essence de la scène, la singularité qui définit cette scène et pas une autre. L’esthétisme et les codes m’importent peu, s’il s’agit d’une grimace, et bien soit. Bien entendu, sur trois titres et malgré les recherches faites en amont de la scène sur chaque formation qui se produit, c’est une démarche horriblement ambitieuse et parfaitement incompatible avec les exigences de communication, mais parfois, les deux convergent. C’est cette démarche, vaine mais à la fois inassouvie, qui engendre l’opiniâtreté. Je ne puis me consacrer à un autre objectif tant que j’échoue à celui-ci. Mais je prends bonne note de votre conseil et vous en remercie.

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