Courbés

1 janvier 2014

Divers, Reportages

La chambre noire, lieu méconnu et oublié pour la plupart d’entre vous qui lisez cet article, est un endroit passionnant, magique. C’est mon ermitage durant les week-ends de la mauvaise saison.

Pour filer la métaphore de Dominique Drouin, auteur de la préface de Éloge de l’adolescence éternelle, c’est une mine où la lumière du Sens se fait dans une obscurité quasi religieuse, délibérée et assumée. Je repars en voyage, voyage immobile certes, mais qui m’emmène très loin, souvent plus loin qu’aux mêmes endroits où je photographiai quelques mois auparavant les scènes qui apparaissent sur les négatifs. J’étais donc en Argentine en septembre 2013, mais ce n’est que lorsque l’instantographe se transforme en Lantier courbé devant son agrandisseur que se révèle à sa conscience le sens profond et plein des instants qui l’ont saisi (et non l’inverse…).

Dès la première lecture des planches de contacts, autrement dit mon grimoire, je fus frappé par la fréquence des postures courbées qui semblent mesurer le poids du monde, qui apparaissent en ricochets d’une vue à l’autre, sans volonté, sans préméditation, en toute innocence, car je plaide non coupable ! Quelle est la signification de ces effets de miroirs du hasard ? Est-ce le reflet d’une Argentine désargentée, en pénitence, abattue, courbatue, soumise, défaite, vassalisée, assujettie au Marché, matée par la Finance internationale depuis la banqueroute de 2001 ? L’allégorie est facile, trop facile peut-être… Il y a certainement autre chose, en tout cas une vie après la faillite ultime. Voilà donc défloré le thème de mon prochain livre. En attendant, quoique courbée, voici un soupçon d’une Argentine argentique, quoi de plus évident…

Argentine : septembre 2013
Album : Argentine : septembre 2013
Les photographies ci-après ne sont pas un reflet fidèle du pays ou alors elles n'ont pas de drapeau...
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À propos de LAURENT JEANNIN

Depuis plus de 30 ans, Laurent Jeannin parcourt le monde à la découverte de sa plus grande richesse : ses peuples. Il fait souvent le grand écart entre l'Amérique du sud et l'extrême orient sans pour autant négliger l'Europe et bien sûr la France. La photographie est son mode d'expression favori, qu'il conjugue sous forme de diaporamas en fondu enchaîné et sous forme de photographies noir et blanc dont il assure lui-même le traitement. "L'acte photographique n'a de sens et d'intérêt que parce qu'il me permet de comprendre le monde, ni plus ni moins. Photographier ce qu'on pense rend aveugle, penser à ce qu'on photographie rend borgne. Alors je préfère me laisser surprendre par la vie : le hasard compose, je dispose."

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